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OEUVRES ACQUISES GRÂCE AU MÉCÉNAT DES SOCIÉTÉS D’AMIS DES MUSÉES

Trois œuvres viennent enrichir les collections des musées de la Ville de Troyes.

Acquises en partie grâce au mécénat des Amis du musée d’Art moderne et des Amis des musées d’Art et d’Histoire, elles compléteront le parcours permanent du musée d’Art moderne – collections nationales Pierre et Denise Lévy à partir du 20 décembre, et celui du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie – Abbaye Saint-Loup, après restauration. 

Femme aux bras croisés de Chana Orloff (1888-1968)
Par Les Amis du musée d’Art moderne

Cette acquisition vient compléter le fonds de sculpture du musée d’Art moderne – collections nationales Pierre et Denise Lévy consacré aux années 1920-1930 qui rassemble des œuvres de Marcel Gimond, Charles Despiau, Joseph Csaky ou encore Pablo Gargallo. Elle renforce la place des artistes femmes et notamment des sculptrices du XXe siècle, représentées par Germaine Richier etParvine Curie.

Née dans la région de Donetsk, dans l’actuelle Ukraine, Chana Orloff rejoint Paris en 1910 pour étudier la mode et la couture. Elle se passionne alors pour la sculpture et, à l’Académie russe de Montparnasse, se lie d’amitié avec Marc Chagall, Amedeo Modigliani ou encore Chaïm Soutine.
Son travail rencontre un succès fulgurant qui s’accentue dans l’entre-deux-guerres, faisant d’elle l’une des femmes sculptrices les plus connues de l’école de Paris. Pourtant, son parcours est semé d’embûches. Comme elle le soulignait elle-même, Chana Orloff est « étrangère, juive, artiste, femme, veuve… », autant d’obstacles qu’elle a su surmonter avec brio. Cette soudaine réussite tient avant tout à son talent de portraitiste, des portraits qui devaient, selon ses mots, « faire l’époque ».


Femme aux bras croisés est représentative de la période de retour à un certain classicisme de la part de l’artiste, après une phase influencée par le cubisme. Avec une grande sobriété, Chana Orloff saisit avec précision les traits du visage fermé et concentré de son modèle, tout en en simplifiant les formes. Loin d’accumuler les détails, elle met seulement en lumière ce qui révèle la personnalité de la jeune femme.
Elle rejoint André Mare, ou encore, Charles Dufresne, dans la salle consacrée aux années 20, dans laquelle les artistes traitent des sujets plus proches du réel et des styles plus traditionnels : c’est le Retour à l’ordre.

Paysage aux lavandières d’Étienne Allegrain (1644-1736)
Par Les Amis des Musées d’Art et d’Histoire
Le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de la Ville de Troyes conserve une collection remarquable de peintures françaises et étrangères des XVIIe et XVIIIe siècles. Le parcours permanent se clôt sur une section consacrée au paysage, avec des œuvres de Adam Pijnacker, Canaletto le Jeune, Jean-Honoré Fragonard, Hubert Robert, Luigi Campovecchio,
illustrant l’évolution du genre du Grand Siècle à la fin du XVIIIe siècle. Ce paysage champêtre s’insérera dans le parcours permanent, où figure également un paysage de l’artiste, plus tardif, relevant d’un autre pan de sa production.

Étienne Allegrain est un peintre spécialisé dans la peinture de paysages. Comme de nombreux artistes de son temps, il appartient à une famille de peintres et de sculpteurs. Aux côtés de ses frères Pierre, peintre, et Jean-Baptiste, sculpteur, il fait partie de la première génération d’une dynastie artistique qui s’étendra sur quatre générations. Aucune information n’est aujourd’hui connue sur la formation ou sur le début de carrière d’Étienne Allegrain avant sa réception à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1677. Son parcours devient plus documenté à partir de 1688, lors de la commande de huit vues du parc de Versailles pour le Trianon. Il reçoit ensuite plusieurs commandes royales, notamment en 1695 et en 1700 pour la Ménagerie.
Profondément marqué par l’art de Poussin, notamment dans ses paysages héroïques, il a souvent été qualifié de suiveur. Toutefois, après la commande pour la Ménagerie royale de Versailles, il explore le genre des paysages champêtres.
Imprégnées d’une atmosphère italianisante, ces œuvres, parmi lesquelles Paysage aux lavandières, s’éloignent du souvenir de Poussin et témoignent de la transition qui s’opère alors dans le paysage à l’orée du XVIIIe siècle.
L’attribution de cette acquisition à l’artiste repose sur une convergence d’éléments stylistiques et iconographiques caractéristiques de son œuvre autour de 1700 : une composition serpentine très rythmée, bordée par deux massifs d’arbres, la palette caractéristique de l’artiste, avec un ciel bleu lumineux, le feuillage des arbres vert bronze au premier plan et plus clair au second, et la rivière d’un bleu-vert très riche et enfin, son répertoire de formes, particulièrement reconnaissable : les arbres à feuilles de chêne, les figures féminines au canon allongé, vêtues de rouge et de bleu, les barques sur la berge.


Circé de Nicolas Fouché (1653-1733)
Par Les Amis des Musées d’Art et d’Histoire
Le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de la Ville de Troyes conserve une collection remarquable de peintures françaises et étrangères des XVIIe et XVIIIe siècles.
Le parcours permanent met à l’honneur plusieurs artistes originaires de Troyes, tels que Jean Boulanger, Jean Chalette, François Girardon, Jacques Linard, Jacques de Létin, Nicolas Mignard, ou Jean Tassel. Les œuvres de Nicolas Fouché étant assez rares sur le marché de l’art, il n’est pas encore représenté au musée.

Outre son origine troyenne et la qualité d’exécution du tableau, cette acquisition fait également sens en raison du sujet représenté. En effet, plusieurs tableaux des XVIIe et XVIIIe siècles de la collection sont centrés sur des figures mythologiques féminines.
Nicolas Fouché est un ancien élève de Pierre Mignard. Il séjourne en Italie avant d’être admis à l’Académie de Saint-Luc en 1679. Il se spécialise dans la peinture d’histoire et le genre du portrait. Si les œuvres de Nicolas Fouché sont essentiellement connues par la gravure, il est pourtant représenté dans plusieurs collections publiques françaises.

D’une grande qualité d’exécution, ce portrait illustre avec finesse la grâce et la puissance dela magicienne Circé, célèbre pour avoir charmé Ulysse. Cette toile, qui passait encore pour une école romaine il y a quelques mois, a été redécouverte
par François Marandet, expert reconnu de la peinture du XVIIe siècle. Son attribution à l’artiste est incontestable, puisque l’expert a pu l’identifier grâce à une estampe gravée par Louis Desplaces, reproduisant fidèlement cette Circé et signée « Nicolas Fouché, peintre ». L’artiste avait fait reproduire une partie de sa production mythologique par le graveur Louis Desplaces afin d’en favoriser la diffusion. L’attribution de l’œuvre est également confortée par une
proximité stylistique avec d’autres œuvres du peintre, notamment le Pomone conservé au musée des Beaux-Arts de Budapest, également connu par la gravure. Les yeux à l’iris sombre et aux paupières ourlées et la manière dont les deux premières mèches de la chevelure s’enroulent au-dessus du front pour agrémenter la coiffure sont caractéristiques de ses portraits.