Accueil Actualités L’ÉCHO DES MACHINES : USINES ET MONDE OUVRIER DANS LES COLLECTIONS DU MAM

L’ÉCHO DES MACHINES : USINES ET MONDE OUVRIER DANS LES COLLECTIONS DU MAM

PRÊT EXCEPTIONNEL PAR LE MUSEE D’ORSAY  DANS LE CADRE DU PROJET  100 ŒUVRES QUI RACONTENT LE TRAVAIL

Du 8 mai au 20 septembre 2026

Le musée d’Orsay poursuit son initiative d’offrir au public, sur l’ensemble du territoire, l’opportunité de découvrir les chefs-d’œuvre des collections nationales.
Après le climat en 2025, le musée d’Orsay consacre cette deuxième édition des «100 œuvres qui racontent » au travail qui, depuis toujours, est au cœur des relations sociales et humaines.

Le musée a sélectionné 100 œuvres de ses collections et invité les musées de toutes les régions à accueillir une ou plusieurs de ces œuvres dans leurs murs. L’opération propose donc un parcours présenté au musée d’Orsay et des accrochages temporaires dans des musées partenaires. 46 œuvres sont ainsi présentées dans 22 musées répartis dans 12 régions.

Accrochage temporaire au musée d’Art moderne – collections nationales Pierre et Denise Lévy
Le musée d’art moderne de Troyes est né en 1976 de la donation à l’État de près de 2 000 œuvres par le couple de collectionneurs Pierre et Denise Lévy. L’un des fils rouges de cette donation est la représentation du monde industriel, Pierre Lévy étant lui-même un important entrepreneur de la bonneterie à Troyes. De La Banlieue de Seurat aux Usines à Chatou de Vlaminck, en passant par les Usines de guerre de Vuillard, la collection du MAM de Troyes offre un panorama des grandes transformations du travail au tournant du XXe siècle : urbanisation galopante, industrialisation triomphante et profondes mutations du monde ouvrier.

Le prêt exceptionnel, par le musée d’Orsay, des Ouvriers en bâtiment de Théophile Alexandre Steinlen et du Chantier de Maximilien Luce, dans le cadre du projet « 100 œuvres qui racontent le travail », est ainsi l’occasion de construire un parcours thématique autour d’un sujet profondément ancré dans l’histoire et le patrimoine industriel troyen.

Paysages industriels
Siècle de l’âge industriel, le XIXe siècle a profondément transformé le visage de la France mais aussi de l’art. Les voies de la rupture pour les jeunes peintres passent par un renouvellement des sujets. L’idéal classique ou mythologique laisse place à d’autres thèmes jugés dignes d’être représentés, comme les villes et leurs paysages changeants.
La cheminée d’usine, symbole de l’industrialisation naissante, est un marqueur récurrent dans le paysage troyen aujourd’hui encore. Elle devient un élément majeur de la représentation du paysage urbain. Par sa verticalité, elle vient structurer la composition de La Banlieue, peinte vers 1882 par Georges Seurat. L’organisation géométrique est tempérée par la touche mouvementée, qui annonce déjà le pointillisme. C’est encore ce motif de cheminée qui occupe une place centrale dans Les Usines à Nanterre, chef-d’œuvre fauve que Maurice de Vlaminck peint en 1905.

Le paysage industriel se décline également à travers la thématique portuaire. Dans Le Port du Havre (1905), Raoul Dufy représente les quais de sa ville natale. Le motif du port du Havre, qui n’est pas sans connotation sociale dans un contexte de grèves fréquentes, est l’un des sujets de prédilection du peintre. Albert Marquet s’attache également à représenter ce nouveau paysage industriel. Dans Le Port de Hambourg (vers 1909), l’eau blanche et opaque contraste fortement avec les nuances de noir des quais et des bateaux, dans un traitement qui s’apparente au lavis. Les trajectoires ondulées des fumées dégagées par les remorqueurs introduisent une touche de vie et de mouvement dans la composition.

Machines nouvelles
Dans les Usines de guerre, effet de jour et effet de soir (1916), Edouard Vuillard représente un ancien grand hall de l’Exposition des Industries de Transport, reconverti en usine d’armement pour participer à l’effort de guerre. La première toile montre une forge. L’artiste y dépeint l'enchevêtrement des machines et courroies, s’attachant peu aux personnages. Dans son pendant, à l’inverse, il centre la composition sur le travail des « munitionnettes ». L’attention portée par l’artiste à la lumière, tantôt d’origine naturelle (le jour), tantôt d'origine électrique (le soir), met en valeur la continuité de l’effort de guerre dans un incessant mouvement de machines. À travers ces deux œuvres, l’artiste se fait ainsi le témoin de son temps et de la vie moderne en période de guerre.

Le travail des hommes
Au tournant du XXe siècle, Théophile Alexandre Steinlen représente les Ouvriers en bâtiment. Ces derniers sont également les héros des œuvres du peintre Maximilien Luce. Issu du monde ouvrier de Montparnasse, marqué à treize ans par la Commune de Paris et membre actif du milieu anarchiste, Luce se plaît à dépeindre les quartiers populaires de la capitale et notamment les bâtisseurs de la ville moderne. Les Terrassiers, datée de 1908-1912, montre au premier plan les ouvriers courbés et leurs pioches au sol, devant la ville qu’ils ont contribué à construire. On retrouve dans son œuvre Le Chantier (1911), les grues, échafaudages et pans de murs qui scandent la toile, créant des verticales qui amplifient l’effet d’écrasement des personnages.

Ce parcours se conclut par un ensemble de dessins du peintre et maître verrier troyen Maurice Marinot, représentant les usines de Pierre Lévy. Il prendra la forme de panneaux en salle, accompagnés d’un livret. Plusieurs actions de médiation, à destination du public familial et scolaire, seront également mises en place.